đź§© Proton contre Goliath

Le numérique suisse prouve qu’un autre modèle existe, mais sans bruit.

Archive Helvetica du 15 décembre 2025

Figurez-vous que pendant que vous scrolliez tranquillement sur Instagram ce matin, des fonctionnaires très sérieux, en costumes très gris, dans des bureaux très beiges, étaient en train de pondre leur énième rapport sur comment "encadrer" les géants du numérique. Dix-huit mois de retard pour le projet suisse, des milliers de pages côté européen, et pendant ce temps-là, Elon Musk lance Grokipedia pour dynamiter Wikipédia entre deux tweets sur les extraterrestres. C'est beau, la régulation, ça occupe, ça fait des PowerPoint magnifiques, mais pendant qu'on légifère dans le vide, Facebook engrange tranquillement ses petits milliards en nous vendant des publicités pour des chaussettes qui changent de couleur selon l'humeur.

Le problème, c'est qu'on fait semblant de ne pas voir l'éléphant dans la pièce. On pond des textes sur la protection des données, on invente des amendes théoriques, on crée des comités de surveillance qui surveillent d'autres comités, mais personne n'ose dire le truc évident : le business model de ces plateformes, c'est de nous transformer en hamsters dopés à la dopamine qui cliquent frénétiquement sur tout ce qui brille. Plus c'est clivant, plus ça rapporte. Plus c'est stupide, plus ça cartonne. L'algorithme s'en fiche que vous soyez en train de vous écharper sur la recette de la fondue, du moment que vous restez scotchés à l'écran.

Pendant ce temps-là, quelques irréductibles genevois montrent qu'on peut faire du numérique sans transformer les utilisateurs en produits. Proton, Infomaniak, ces entreprises qui font dans le service plutôt que dans la manipulation comportementale. Le CERN a offert le web au monde entier sans demander un centime, mais apparemment, c'était trop simple comme concept. Non, il fallait qu'on transforme ça en machine à cash publicitaire où chaque clic finance la construction d'un bunker de milliardaire en Nouvelle-Zélande.

La solution ? Elle est simple, mais elle demande quelque chose de terrible : arrêter de faire semblant. Arrêter de croire qu'on va réguler des entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse le PIB de certains pays avec des textes qu'elles contournent avant même qu'ils soient votés. Si on veut vraiment changer les choses, il faut créer des alternatives viables, pas des comités consultatifs. Mais bon, créer des alternatives, ça demande du courage politique et de l'imagination. C'est quand même plus simple de faire un énième rapport qui finira dans un tiroir, non ?

Bonne semaine ! M. Hantale đź§€
🧩 Proton contre Goliath À la une
  • 🇺🇦 Ukraine. L’Ukraine accepte l’idĂ©e d’une zone dĂ©militarisĂ©e dans le Donbass, une concession majeure pour avancer vers la fin de la guerre.
  • 🇪🇺 Climat. L’Union europĂ©enne s’engage Ă  rĂ©duire ses Ă©missions de 90 % d’ici 2040, un objectif ambitieux inscrit dans la loi climat.
  • 🇺🇸 IA. Les huit grands patrons mondiaux de l’IA, dont ceux d’OpenAI, Nvidia et xAI, ont Ă©tĂ© dĂ©signĂ©s personnalitĂ©s de l’annĂ©e 2025 par Time, soulignant leur influence sur l’économie et la sociĂ©tĂ©.
  • 🇪🇺 Ukraine. L’UE finalise un plan pour prĂŞter 90M€ Ă  l’Ukraine en utilisant les avoirs russes gelĂ©s, malgrĂ© les menaces juridiques de Moscou et les fortes rĂ©ticences de la Belgique.
  • 🇦🇺 Attentat. Seize morts et 40 blessĂ©s lors d’une fusillade sur la plage de Bondi Ă  Sydney, ciblant une fĂŞte juive.
  • 🇪🇺 Sanctions. L’UE acte le gel permanent de 185Md€ d’avoirs russes, destinĂ©s Ă  financer l’Ukraine, malgrĂ© les rĂ©serves de la Belgique sur les risques juridiques et financiers.

Économie & finance

  • 🇩🇪 Inflation. L'inflation annuelle en Allemagne atteint 2,6% en novembre, en hausse par rapport Ă  2,3% en octobre.
  • 🇨🇭 Croissance. L’économie suisse devrait croĂ®tre de seulement 0,9 % en 2026, freinĂ©e par le ralentissement mondial et l’incertitude sur les investissements.
  • 🇬🇧 Croissance. L'Ă©conomie britannique a reculĂ© de 0,1 % en octobre, dĂ©jouant les prĂ©visions de croissance et confirmant le ralentissement observĂ© depuis plusieurs mois.
  • 🇨🇭 Taux. La BNS laisse son taux d’intĂ©rĂŞt inchangĂ© Ă  0 % mais n’exclut pas de repasser en territoire nĂ©gatif.
  • 🇪🇺 Taux. La BCE devrait maintenir ses taux lors de sa prochaine rĂ©union, jugeant le contexte peu propice Ă  un durcissement monĂ©taire.
  • 🇺🇸 Taux. La Fed a abaissĂ© ses taux d’intĂ©rĂŞt pour la troisième fois consĂ©cutive, Ă  3,50-3,75%, malgrĂ© une opposition interne grandissante.
  • 🇧🇷 Taux. La Banque centrale du BrĂ©sil maintient son taux Ă  15 % pour la quatrième fois, l’inflation restant au-dessus de l’objectif officiel.
  • 🇯🇵 Taux. La Banque du Japon s'apprĂŞte Ă  relever son taux directeur Ă  0,75%, une première depuis 30 ans, tout en gardant un rythme prudent face Ă  l'incertitude Ă©conomique.
  • 🇩🇪 Conjoncture. L’Allemagne enchaĂ®ne trois annĂ©es sans croissance, malgrĂ© les promesses de relance du nouveau gouvernement.
  • 🇨🇳 ExcĂ©dent commercial. L’excĂ©dent commercial chinois a franchi les 1 000 Mds$, alimentant les craintes europĂ©ennes et amĂ©ricaines face Ă  la montĂ©e des exportations du pays.

Suisse

  • 🇨🇭 DĂ©fense. La Suisse revoit Ă  la baisse sa commande de F-35, achetant moins de jets pour respecter l’enveloppe de 6Mds CHF votĂ©e par la population.
  • 🇨🇭 Immigration. Près de 1 Suisse sur 2 se dit favorable Ă  limiter la population Ă  10M d’habitants via rĂ©fĂ©rendum, selon les premiers sondages.
  • 🇨🇭 Éducation. Genève assouplit sa dĂ©cision d’exclure les Ă©lèves frontaliers, mais la mesure, jugĂ©e insuffisante par les parents, continue de diviser.
  • 🌍 ONG. Contrairement Ă  la tendance mondiale aux coupes budgĂ©taires, la Suisse augmente de 5 % ses crĂ©dits pour les organisations internationales Ă  Genève.
  • 🇨🇭 Logement. Le parlement envisage de restreindre les oppositions jugĂ©es abusives pour accĂ©lĂ©rer la construction de logements face Ă  la demande croissante.
  • 🇨🇭 Droits de douane. La Suisse a renoncĂ© Ă  taxer les gĂ©ants amĂ©ricains du numĂ©rique afin d’obtenir une baisse des droits de douane sur ses exportations, malgrĂ© la controverse locale.
  • 🇨🇭 Patrimoine. Le yodel suisse est dĂ©sormais inscrit au patrimoine culturel immatĂ©riel de l’Unesco, reconnaissant la richesse de cette tradition alpine.
  • 🇨🇭 CinĂ©ma. Le producteur bâlois Arthur Cohn, six fois oscarisĂ© et figure majeure du 7e art, est dĂ©cĂ©dĂ© Ă  98 ans.
  • 🇨🇭 DĂ©sarmement. Le Conseil fĂ©dĂ©ral temporise sur l’adhĂ©sion au TraitĂ© d’interdiction des armes nuclĂ©aires malgrĂ© la pression du Parlement et de la sociĂ©tĂ© civile.
  • 🇨🇭 Service militaire. Les binationaux suisses ne pourront plus remplacer leur service militaire en Suisse par un "pseudo-service" Ă  l’étranger, suite Ă  une motion adoptĂ©e au National.
  • 🇨🇭 Transports. Le Conseil national s’oppose Ă  la mise en service du train de nuit vers Malmö, jugeant l’investissement non prioritaire.

Ailleurs dans le monde

  • 🇧🇬 Politique. La Bulgarie enregistre un nouveau dĂ©part de chef de gouvernement, le quatrième en quatre ans, sur fond de mĂ©fiance populaire.
  • 🇨🇱 Politique. Le Chili bascule Ă  l’extrĂŞme droite avec l’élection de JosĂ© Antonio Kast, hĂ©ritier revendiquĂ© de la dictature, qui a obtenu 58% des voix.
  • 🇹🇭 Politique. Le Premier ministre thaĂŻlandais dissout le Parlement après seulement 3 mois au pouvoir, prĂ©cipitant des Ă©lections anticipĂ©es dans un contexte de tensions et d'instabilitĂ©.
  • 🇺🇸 Tensions. Les États-Unis ont imposĂ© de nouvelles sanctions Ă  six navires transportant du pĂ©trole vĂ©nĂ©zuĂ©lien, après avoir saisi un tanker au large du Venezuela.
  • 🇯🇵 Tensions. Des avions de chasse chinois ont verrouillĂ© leur radar sur des appareils japonais près d’Okinawa, poussant Tokyo Ă  protester face Ă  une escalade militaire inĂ©dite.
  • 🇰🇭 Conflit. Le Cambodge a fermĂ© ses points de passage avec la ThaĂŻlande alors que les affrontements militaires se poursuivent malgrĂ© l'annonce d'un cessez-le-feu.
  • 🇸🇩 Conflit. Les paramilitaires soudanais de la RSF retiennent des milliers de civils en otage Ă  El Fashir, exigeant de lourdes rançons et tuant ceux qui ne peuvent payer.
  • 🇹🇼 DĂ©fense. TaĂŻwan va augmenter de 34,5Mds€ son budget militaire pour se prĂ©parer Ă  une possible invasion chinoise Ă  l’horizon 2027.
  • 🇺🇸 GĂ©opolitique. Donald Trump qualifie l’Europe de « dĂ©cadente » et estime qu’en Ukraine, « la taille finira par l’emporter », prĂ©disant une victoire russe.
  • 🇺🇸 Crypto. Do Kwon, crĂ©ateur de TerraUSD, a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  15 ans de prison après l’effondrement de 40Md$ de son stablecoin.
  • 🇲🇲 Guerre civile. La junte en Birmanie multiplie les frappes aĂ©riennes, frappant un hĂ´pital et causant 31 morts, alors que le pays s’enfonce dans la guerre civile.
  • 🇻🇪 Prix Nobel. L’opposante vĂ©nĂ©zuĂ©lienne MarĂ­a Corina Machado, recherchĂ©e par la justice de son pays, a rĂ©apparu Ă  Oslo après 11 mois de clandestinitĂ© pour recevoir son prix Nobel de la paix.
  • 🇦🇺 RĂ©seaux sociaux. L’Australie interdit depuis le 10 dĂ©cembre l’accès Ă  Instagram, TikTok et Snapchat aux moins de 16 ans, une mesure inĂ©dite surveillĂ©e de près en Europe.
  • 🇱🇹 SĂ©curitĂ© aĂ©rienne. La Lituanie a dĂ©clarĂ© l’état d’urgence nationale après l’intrusion de 600 ballons venus de BiĂ©lorussie, perturbant l’aĂ©roport de Vilnius et affectant 1K passagers.
  • 🇺🇸 Tourisme. Les États-Unis veulent imposer l’examen des rĂ©seaux sociaux et des donnĂ©es personnelles sur cinq ans aux touristes bĂ©nĂ©ficiant de l’ESTA, dont les Français.
Les marchés
  • 🇪🇺 Pharma. Le suisse Sandoz renforce sa prĂ©sence europĂ©enne en rachetant une usine ultramoderne près de Toulouse, misant sur la stabilitĂ© industrielle du continent.
  • 🇨🇭 Banques. Des Ă©lus suisses proposent d'assouplir les règles de fonds propres pour UBS, faisant grimper l'action Ă  son plus haut niveau depuis 17 ans.
  • 🇺🇸 Agroalimentaire. Läderach refuse de produire aux États-Unis malgrĂ© les surtaxes, affirmant que les consommateurs exigent un chocolat 100% suisse.
  • 🇮🇹 Horlogerie. Swatch et Citizen visĂ©s par une procĂ©dure pour entente illicite sur les prix de vente sur internet.
  • 🇰🇿 Transport. Stadler Rail dĂ©croche un contrat de 2 Mrd CHF pour la construction de 600 voitures de train de nuit au Kazakhstan, un marchĂ© en pleine diversification.
  • 🇨🇭 Ehpad. Emeis cède ses maisons de retraite et rĂ©sidences seniors en Suisse Ă  Tertianum et deux investisseurs pour 270M€, couvrant 40 Ă©tablissements et 3 600 lits.
  • 🏭 PĂ©trole. MalgrĂ© une demande stable, l’OPEP prĂ©voit une augmentation de l’offre mondiale, surtout portĂ©e par des producteurs non membres.
Le cartnotzet

La Suisse face Ă  son monstre bancaire : quand le pragmatisme se heurte Ă  l'orgueil

Karin Keller-Sutter, actuelle présidente tournante de la Confédération helvétique, incarne à merveille ce paradoxe suisse qui consiste à vouloir le beurre, l'argent du beurre, et la neutralité de la crémière. Décrite par la presse locale comme une "personnalité intransigeante avide de pouvoir", compliment rare dans un pays où l'on préfère d'ordinaire louer la discrétion d'une fondue bien calibrée, elle s'est lancée dans un bras de fer avec UBS qui pourrait coûter cher à la place financière zurichoise. Après avoir orchestré le sauvetage forcé de Credit Suisse en 2023, la voilà qui veut désormais imposer à la banque rescapée des exigences de fonds propres dignes d'une ceinture de chasteté médiévale : un ratio de 19% quand la concurrence internationale se contente allègrement de 11,6%.

Le timing, reconnaissons-le, est savoureux. Pendant que Donald Trump prépare une déréglementation bancaire qui ferait passer les années Reagan pour une période de prudence monacale, la Suisse décide de transformer UBS en coffre-fort sur pattes. Les Américains et les Britanniques voient leurs valeurs bancaires grimper de 25 à 70% sur l'année, tandis qu'UBS végète à +10%, comme un gruyère oublié dans une cave trop humide. La banque menace de délocaliser ses activités aux États-Unis, où l'administration Trump lui déroulerait apparemment le tapis rouge, probablement en or, connaissant les goûts du bonhomme. Une délocalisation jugée improbable par les observateurs zurichois, mais qui fait tout de même grincer quelques dents dans les salons feutrés de la Bahnhofstrasse.

Il faut dire que Keller-Sutter semble avoir développé un talent certain pour l'art de la négociation à la suisse, c'est-à-dire l'exact opposé de ce que le monde attend généralement des Helvètes. Son entretien estival avec Trump sur le déficit commercial s'est soldé par une hausse des droits de douane ; il fallait le faire. Un chef d'entreprise suisse suggérait qu'une Rolex en or aurait suffi à amadouer l'ancien président. Au lieu de quoi, la ministre a préféré jouer la carte de l'intransigeance, obtenant l'effet inverse. Les entreprises ont dû rattraper le coup, réussissant finalement à faire baisser les droits de 39 à 15%. On imagine la scène : les industriels suisses débarquant avec leurs montres et leurs chocolats, nettoyant les dégâts diplomatiques comme on éponge un verre de fendant renversé sur une nappe brodée.

Le problème fondamental reste celui de toute nation hébergeant une banque dont le bilan représente plus de la moitié du PIB national : comment domestiquer le monstre sans le tuer ? UBS n'est pas qu'un boulet potentiel pour les contribuables suisses, argument légitime quand on se souvient du sauvetage de 2008 et de la litanie de scandales qui ont suivi, du Libor à l'évasion fiscale. C'est aussi 35 000 emplois sur le territoire, un écosystème financier entier, et accessoirement le financier en chef de l'économie helvétique. La commission des affaires économiques du Conseil fédéral vient d'ailleurs de rappeler à l'ordre Keller-Sutter, soulignant qu'il serait "crucial" que les nouvelles règles n'excèdent pas celles des places financières internationales. Traduction : arrêtez de scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

La France, elle, a depuis longtemps tranché ce dilemme en nationalisant périodiquement ses problèmes bancaires avant de les refiler au privé une fois l'orage passé, un peu comme ces parents qui reprennent le chien abandonné pendant les vacances pour le redonner à Noël. La Suisse préfère la méthode du garrot préventif : serrer si fort que le patient préfère s'amputer lui-même. Entre les deux approches, on peine à désigner un vainqueur, mais au moins les Suisses ont-ils le mérite de la cohérence dans leur paranoïa réglementaire.

L'ironie de l'histoire, c'est qu'UBS pourrait calmer le jeu avec quelques gestes symboliques : une promesse d'emplois par-ci, un renoncement aux augmentations salariales provocatrices de Sergio Ermotti par-là, peut-être même une participation aux frais d'indemnisation des détenteurs d'obligations AT1 de Credit Suisse. Mais voilà, dans cette partie de poker menteur entre une ministre "avide de pouvoir" et un banquier aux émoluments stratosphériques, c'est finalement le pragmatisme légendaire suisse qui semble avoir pris des vacances prolongées. Pendant ce temps, Wall Street observe, amusée, cette querelle de clocher alpin, en préparant déjà l'accueil d'une éventuelle UBS américaine. Comme quoi, même en Suisse, pays du consensus permanent, il suffit parfois d'une personnalité un peu trop affirmée pour transformer une négociation en guerre de tranchées. Les Français, eux, auraient déjà organisé trois grèves et un référendum.

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