đź§© Proton contre Goliath
Le numérique suisse prouve qu’un autre modèle existe, mais sans bruit.
Figurez-vous que pendant que vous scrolliez tranquillement sur Instagram ce matin, des fonctionnaires très sérieux, en costumes très gris, dans des bureaux très beiges, étaient en train de pondre leur énième rapport sur comment "encadrer" les géants du numérique. Dix-huit mois de retard pour le projet suisse, des milliers de pages côté européen, et pendant ce temps-là , Elon Musk lance Grokipedia pour dynamiter Wikipédia entre deux tweets sur les extraterrestres. C'est beau, la régulation, ça occupe, ça fait des PowerPoint magnifiques, mais pendant qu'on légifère dans le vide, Facebook engrange tranquillement ses petits milliards en nous vendant des publicités pour des chaussettes qui changent de couleur selon l'humeur.
Le problème, c'est qu'on fait semblant de ne pas voir l'éléphant dans la pièce. On pond des textes sur la protection des données, on invente des amendes théoriques, on crée des comités de surveillance qui surveillent d'autres comités, mais personne n'ose dire le truc évident : le business model de ces plateformes, c'est de nous transformer en hamsters dopés à la dopamine qui cliquent frénétiquement sur tout ce qui brille. Plus c'est clivant, plus ça rapporte. Plus c'est stupide, plus ça cartonne. L'algorithme s'en fiche que vous soyez en train de vous écharper sur la recette de la fondue, du moment que vous restez scotchés à l'écran.
Pendant ce temps-là , quelques irréductibles genevois montrent qu'on peut faire du numérique sans transformer les utilisateurs en produits. Proton, Infomaniak, ces entreprises qui font dans le service plutôt que dans la manipulation comportementale. Le CERN a offert le web au monde entier sans demander un centime, mais apparemment, c'était trop simple comme concept. Non, il fallait qu'on transforme ça en machine à cash publicitaire où chaque clic finance la construction d'un bunker de milliardaire en Nouvelle-Zélande.
La solution ? Elle est simple, mais elle demande quelque chose de terrible : arrêter de faire semblant. Arrêter de croire qu'on va réguler des entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse le PIB de certains pays avec des textes qu'elles contournent avant même qu'ils soient votés. Si on veut vraiment changer les choses, il faut créer des alternatives viables, pas des comités consultatifs. Mais bon, créer des alternatives, ça demande du courage politique et de l'imagination. C'est quand même plus simple de faire un énième rapport qui finira dans un tiroir, non ?
- 🇺🇦 Ukraine. L’Ukraine accepte l’idée d’une zone démilitarisée dans le Donbass, une concession majeure pour avancer vers la fin de la guerre.
- 🇪🇺 Climat. L’Union européenne s’engage à réduire ses émissions de 90 % d’ici 2040, un objectif ambitieux inscrit dans la loi climat.
- 🇺🇸 IA. Les huit grands patrons mondiaux de l’IA, dont ceux d’OpenAI, Nvidia et xAI, ont été désignés personnalités de l’année 2025 par Time, soulignant leur influence sur l’économie et la société.
- 🇪🇺 Ukraine. L’UE finalise un plan pour prêter 90M€ à l’Ukraine en utilisant les avoirs russes gelés, malgré les menaces juridiques de Moscou et les fortes réticences de la Belgique.
- 🇦🇺 Attentat. Seize morts et 40 blessés lors d’une fusillade sur la plage de Bondi à Sydney, ciblant une fête juive.
- 🇪🇺 Sanctions. L’UE acte le gel permanent de 185Md€ d’avoirs russes, destinés à financer l’Ukraine, malgré les réserves de la Belgique sur les risques juridiques et financiers.
Économie & finance
- 🇩🇪 Inflation. L'inflation annuelle en Allemagne atteint 2,6% en novembre, en hausse par rapport à 2,3% en octobre.
- 🇨🇠Croissance. L’économie suisse devrait croître de seulement 0,9 % en 2026, freinée par le ralentissement mondial et l’incertitude sur les investissements.
- 🇬🇧 Croissance. L'économie britannique a reculé de 0,1 % en octobre, déjouant les prévisions de croissance et confirmant le ralentissement observé depuis plusieurs mois.
- 🇨🇠Taux. La BNS laisse son taux d’intérêt inchangé à 0 % mais n’exclut pas de repasser en territoire négatif.
- 🇪🇺 Taux. La BCE devrait maintenir ses taux lors de sa prochaine réunion, jugeant le contexte peu propice à un durcissement monétaire.
- 🇺🇸 Taux. La Fed a abaissé ses taux d’intérêt pour la troisième fois consécutive, à 3,50-3,75%, malgré une opposition interne grandissante.
- 🇧🇷 Taux. La Banque centrale du Brésil maintient son taux à 15 % pour la quatrième fois, l’inflation restant au-dessus de l’objectif officiel.
- 🇯🇵 Taux. La Banque du Japon s'apprête à relever son taux directeur à 0,75%, une première depuis 30 ans, tout en gardant un rythme prudent face à l'incertitude économique.
- 🇩🇪 Conjoncture. L’Allemagne enchaîne trois années sans croissance, malgré les promesses de relance du nouveau gouvernement.
- 🇨🇳 Excédent commercial. L’excédent commercial chinois a franchi les 1 000 Mds$, alimentant les craintes européennes et américaines face à la montée des exportations du pays.
Suisse
- 🇨🇠Défense. La Suisse revoit à la baisse sa commande de F-35, achetant moins de jets pour respecter l’enveloppe de 6Mds CHF votée par la population.
- 🇨🇠Immigration. Près de 1 Suisse sur 2 se dit favorable à limiter la population à 10M d’habitants via référendum, selon les premiers sondages.
- 🇨🇠Éducation. Genève assouplit sa décision d’exclure les élèves frontaliers, mais la mesure, jugée insuffisante par les parents, continue de diviser.
- 🌍 ONG. Contrairement à la tendance mondiale aux coupes budgétaires, la Suisse augmente de 5 % ses crédits pour les organisations internationales à Genève.
- 🇨🇠Logement. Le parlement envisage de restreindre les oppositions jugées abusives pour accélérer la construction de logements face à la demande croissante.
- 🇨🇠Droits de douane. La Suisse a renoncé à taxer les géants américains du numérique afin d’obtenir une baisse des droits de douane sur ses exportations, malgré la controverse locale.
- 🇨🇠Patrimoine. Le yodel suisse est désormais inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, reconnaissant la richesse de cette tradition alpine.
- 🇨🇠Cinéma. Le producteur bâlois Arthur Cohn, six fois oscarisé et figure majeure du 7e art, est décédé à 98 ans.
- 🇨🇠Désarmement. Le Conseil fédéral temporise sur l’adhésion au Traité d’interdiction des armes nucléaires malgré la pression du Parlement et de la société civile.
- 🇨🇠Service militaire. Les binationaux suisses ne pourront plus remplacer leur service militaire en Suisse par un "pseudo-service" à l’étranger, suite à une motion adoptée au National.
- 🇨🇠Transports. Le Conseil national s’oppose à la mise en service du train de nuit vers Malmö, jugeant l’investissement non prioritaire.
Ailleurs dans le monde
- 🇧🇬 Politique. La Bulgarie enregistre un nouveau départ de chef de gouvernement, le quatrième en quatre ans, sur fond de méfiance populaire.
- 🇨🇱 Politique. Le Chili bascule à l’extrême droite avec l’élection de José Antonio Kast, héritier revendiqué de la dictature, qui a obtenu 58% des voix.
- 🇹🇠Politique. Le Premier ministre thaïlandais dissout le Parlement après seulement 3 mois au pouvoir, précipitant des élections anticipées dans un contexte de tensions et d'instabilité.
- 🇺🇸 Tensions. Les États-Unis ont imposé de nouvelles sanctions à six navires transportant du pétrole vénézuélien, après avoir saisi un tanker au large du Venezuela.
- 🇯🇵 Tensions. Des avions de chasse chinois ont verrouillé leur radar sur des appareils japonais près d’Okinawa, poussant Tokyo à protester face à une escalade militaire inédite.
- 🇰🇠Conflit. Le Cambodge a fermé ses points de passage avec la Thaïlande alors que les affrontements militaires se poursuivent malgré l'annonce d'un cessez-le-feu.
- 🇸🇩 Conflit. Les paramilitaires soudanais de la RSF retiennent des milliers de civils en otage à El Fashir, exigeant de lourdes rançons et tuant ceux qui ne peuvent payer.
- 🇹🇼 Défense. Taïwan va augmenter de 34,5Mds€ son budget militaire pour se préparer à une possible invasion chinoise à l’horizon 2027.
- 🇺🇸 Géopolitique. Donald Trump qualifie l’Europe de « décadente » et estime qu’en Ukraine, « la taille finira par l’emporter », prédisant une victoire russe.
- 🇺🇸 Crypto. Do Kwon, créateur de TerraUSD, a été condamné à 15 ans de prison après l’effondrement de 40Md$ de son stablecoin.
- 🇲🇲 Guerre civile. La junte en Birmanie multiplie les frappes aériennes, frappant un hôpital et causant 31 morts, alors que le pays s’enfonce dans la guerre civile.
- 🇻🇪 Prix Nobel. L’opposante vĂ©nĂ©zuĂ©lienne MarĂa Corina Machado, recherchĂ©e par la justice de son pays, a rĂ©apparu Ă Oslo après 11 mois de clandestinitĂ© pour recevoir son prix Nobel de la paix.
- 🇦🇺 Réseaux sociaux. L’Australie interdit depuis le 10 décembre l’accès à Instagram, TikTok et Snapchat aux moins de 16 ans, une mesure inédite surveillée de près en Europe.
- 🇱🇹 Sécurité aérienne. La Lituanie a déclaré l’état d’urgence nationale après l’intrusion de 600 ballons venus de Biélorussie, perturbant l’aéroport de Vilnius et affectant 1K passagers.
- 🇺🇸 Tourisme. Les États-Unis veulent imposer l’examen des réseaux sociaux et des données personnelles sur cinq ans aux touristes bénéficiant de l’ESTA, dont les Français.
- 🇪🇺 Pharma. Le suisse Sandoz renforce sa présence européenne en rachetant une usine ultramoderne près de Toulouse, misant sur la stabilité industrielle du continent.
- 🇨🇠Banques. Des élus suisses proposent d'assouplir les règles de fonds propres pour UBS, faisant grimper l'action à son plus haut niveau depuis 17 ans.
- 🇺🇸 Agroalimentaire. Läderach refuse de produire aux États-Unis malgré les surtaxes, affirmant que les consommateurs exigent un chocolat 100% suisse.
- 🇮🇹 Horlogerie. Swatch et Citizen visés par une procédure pour entente illicite sur les prix de vente sur internet.
- 🇰🇿 Transport. Stadler Rail décroche un contrat de 2 Mrd CHF pour la construction de 600 voitures de train de nuit au Kazakhstan, un marché en pleine diversification.
- 🇨🇠Ehpad. Emeis cède ses maisons de retraite et résidences seniors en Suisse à Tertianum et deux investisseurs pour 270M€, couvrant 40 établissements et 3 600 lits.
- 🏠Pétrole. Malgré une demande stable, l’OPEP prévoit une augmentation de l’offre mondiale, surtout portée par des producteurs non membres.
La Suisse face Ă son monstre bancaire : quand le pragmatisme se heurte Ă l'orgueil
Karin Keller-Sutter, actuelle présidente tournante de la Confédération helvétique, incarne à merveille ce paradoxe suisse qui consiste à vouloir le beurre, l'argent du beurre, et la neutralité de la crémière. Décrite par la presse locale comme une "personnalité intransigeante avide de pouvoir", compliment rare dans un pays où l'on préfère d'ordinaire louer la discrétion d'une fondue bien calibrée, elle s'est lancée dans un bras de fer avec UBS qui pourrait coûter cher à la place financière zurichoise. Après avoir orchestré le sauvetage forcé de Credit Suisse en 2023, la voilà qui veut désormais imposer à la banque rescapée des exigences de fonds propres dignes d'une ceinture de chasteté médiévale : un ratio de 19% quand la concurrence internationale se contente allègrement de 11,6%.
Le timing, reconnaissons-le, est savoureux. Pendant que Donald Trump prépare une déréglementation bancaire qui ferait passer les années Reagan pour une période de prudence monacale, la Suisse décide de transformer UBS en coffre-fort sur pattes. Les Américains et les Britanniques voient leurs valeurs bancaires grimper de 25 à 70% sur l'année, tandis qu'UBS végète à +10%, comme un gruyère oublié dans une cave trop humide. La banque menace de délocaliser ses activités aux États-Unis, où l'administration Trump lui déroulerait apparemment le tapis rouge, probablement en or, connaissant les goûts du bonhomme. Une délocalisation jugée improbable par les observateurs zurichois, mais qui fait tout de même grincer quelques dents dans les salons feutrés de la Bahnhofstrasse.
Il faut dire que Keller-Sutter semble avoir développé un talent certain pour l'art de la négociation à la suisse, c'est-à -dire l'exact opposé de ce que le monde attend généralement des Helvètes. Son entretien estival avec Trump sur le déficit commercial s'est soldé par une hausse des droits de douane ; il fallait le faire. Un chef d'entreprise suisse suggérait qu'une Rolex en or aurait suffi à amadouer l'ancien président. Au lieu de quoi, la ministre a préféré jouer la carte de l'intransigeance, obtenant l'effet inverse. Les entreprises ont dû rattraper le coup, réussissant finalement à faire baisser les droits de 39 à 15%. On imagine la scène : les industriels suisses débarquant avec leurs montres et leurs chocolats, nettoyant les dégâts diplomatiques comme on éponge un verre de fendant renversé sur une nappe brodée.
Le problème fondamental reste celui de toute nation hébergeant une banque dont le bilan représente plus de la moitié du PIB national : comment domestiquer le monstre sans le tuer ? UBS n'est pas qu'un boulet potentiel pour les contribuables suisses, argument légitime quand on se souvient du sauvetage de 2008 et de la litanie de scandales qui ont suivi, du Libor à l'évasion fiscale. C'est aussi 35 000 emplois sur le territoire, un écosystème financier entier, et accessoirement le financier en chef de l'économie helvétique. La commission des affaires économiques du Conseil fédéral vient d'ailleurs de rappeler à l'ordre Keller-Sutter, soulignant qu'il serait "crucial" que les nouvelles règles n'excèdent pas celles des places financières internationales. Traduction : arrêtez de scier la branche sur laquelle nous sommes assis.
La France, elle, a depuis longtemps tranché ce dilemme en nationalisant périodiquement ses problèmes bancaires avant de les refiler au privé une fois l'orage passé, un peu comme ces parents qui reprennent le chien abandonné pendant les vacances pour le redonner à Noël. La Suisse préfère la méthode du garrot préventif : serrer si fort que le patient préfère s'amputer lui-même. Entre les deux approches, on peine à désigner un vainqueur, mais au moins les Suisses ont-ils le mérite de la cohérence dans leur paranoïa réglementaire.
L'ironie de l'histoire, c'est qu'UBS pourrait calmer le jeu avec quelques gestes symboliques : une promesse d'emplois par-ci, un renoncement aux augmentations salariales provocatrices de Sergio Ermotti par-là , peut-être même une participation aux frais d'indemnisation des détenteurs d'obligations AT1 de Credit Suisse. Mais voilà , dans cette partie de poker menteur entre une ministre "avide de pouvoir" et un banquier aux émoluments stratosphériques, c'est finalement le pragmatisme légendaire suisse qui semble avoir pris des vacances prolongées. Pendant ce temps, Wall Street observe, amusée, cette querelle de clocher alpin, en préparant déjà l'accueil d'une éventuelle UBS américaine. Comme quoi, même en Suisse, pays du consensus permanent, il suffit parfois d'une personnalité un peu trop affirmée pour transformer une négociation en guerre de tranchées. Les Français, eux, auraient déjà organisé trois grèves et un référendum.
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