⚖️ La ruée vers l’ordre

26 mars 2025

Il y a une chose que les investisseurs détestent autant que les impôts : l’imprévisibilité. Pas celle des marchés, on sait faire avec. Celle qui vient d’en haut, d’un tweet mal calibré ou d’un virage politique soudain. Et dans ce registre, Donald Trump reste une source d’adrénaline particulièrement inépuisable.

C’est donc un classique de la finance comportementale : avec le retour de Trump à la Maison Blanche, de nombreux Américains très fortunés refont ce qu’ils avaient déjà fait en 2008, pendant1 la crise financière. Ils regardent vers la Suisse. Pas pour le chocolat ou les montres, mais pour un coffre-fort réglementaire, sûr et IRS & SEC-compatible.

Car contrairement à la légende urbaine, ouvrir un compte en Suisse ne consiste plus à murmurer un mot de passe en buvant un ristretto à Genève. Depuis FATCA et la grande opération américaine « On va arrêter de rigoler avec la fraude fiscale » (or “Don’t fuck with IRS”), imitée par les gouvernements européens, les banques helvétiques ont dû s’adapter. Transparence, conformité, reporting : tout y est. Et ça marche. À tel point que les plus grandes banques privées du pays enregistrent depuis quelques années un net regain d’intérêt de la part de clients partout dans le monde et désormais aux États-Unis… Les Américains sont inquiets, certes, mais très bien organisés.

Ce qui est fascinant, c’est la résilience du modèle suisse. Malgré les débats sur la neutralité, malgré les amendes passées et les ajustements réglementaires, la Suisse reste le centre mondial de la gestion de fortune transfrontalière avec environ 8392 Mds CHF. Une forme de stabilité dans un monde qui en manque cruellement. Ce n’est pas une mode, ni une réaction émotionnelle : c’est une stratégie. Et dans un environnement où même les Américains cherchent un plan B pour leur argent, ce genre de stabilité devient une denrée rare – presque aussi précieuse qu’un bon conseiller fiscal.

D’ailleurs, en parlant de fiscalité, c’est le dossier de la semaine : comment transmettre en minimisant l’impact fiscal ?

Bonne semaine !

M. Hantale

A la une

  • 🇫🇷 Entreprises – La France a enregistré 66 100 défaillances en 2024, un record historique, 20 % au-dessus des niveaux d’avant-Covid selon Allianz Trade.
  • 🇫🇷 Diplomatie – Emmanuel Macron accueillera un sommet de soutien à l’Ukraine le 27 mars à Paris, en présence de Zelensky et de dirigeants européens.
  • 🇪🇺 Budgets – L’Allemagne amorce un tournant historique en ouvrant la voie à des « fonds spéciaux » hors dette pour le climat et l’armée, au prix d’une réforme constitutionnelle sous tension.
  • 🇹🇷 Politique – Le maire d’Istanbul, principal rival d’Erdogan, a été incarcéré pour corruption, déclenchant les plus fortes contestations depuis dix ans.

Économie & finance

  • 🇫🇷 Croissance – L’Insee anticipe une hausse du PIB limitée à 0,4 % à mi-2025, bien en deçà des 0,9 % espérés par le gouvernement.
  • 🇨🇭 Marché unique – En l’absence d’accord avec l’UE, les obstacles réglementaires compliquent l’accès des entreprises allemandes au marché suisse, malgré des liens économiques très étroits.
  • 🇯🇵 Industrie – Les exportations de véhicules japonais vers les États-Unis ont bondi de 14 % en février, les fabricants anticipant les tarifs Trump.
  • 🇺🇸 Commerce – Surnommé « Liberation Day », le plan tarifaire de Trump ciblera 15 % des pays responsables de la majorité du déficit commercial selon le Trésor.
  • 🇺🇸 Politique monétaire – Powell freine toute précipitation : la Fed attend de voir les effets des mesures de Trump avant d’ajuster ses taux.

Suisse

  • 🇨🇭 Banques – UBS envisage de déplacer son siège hors de Suisse si l’exigence d’un renforcement de capital de 25Md$ est maintenue.
  • 🇨🇭 Politique – Le conseil municipal de la Ville de Genève bascule à droite, avec 43 sièges pour PLR, Centre-Vert’libéraux, MCG et UDC contre 37 pour la gauche.
  • 🇨🇭 Politique – Le rapport Studer blanchit en grande partie Valérie Dittli dans l’affaire qui secoue le gouvernement vaudois, mais met en cause sa cheffe de la fiscalité.
  • 🇨🇭 Sport – Annik Kälin décroche l’argent en saut en longueur aux Mondiaux en salle de Nanjing avec un saut à 6m83, offrant à la Suisse sa 3e médaille du week-end.
  • 🇨🇭 Sport – À 21 ans, la skieuse Malorie Blanc devient la révélation suisse de la saison en vitesse, malgré un retour de blessure et un calendrier exigeant.
  • 🇨🇭 Sport – Kyshawn George devient le 3e Suisse à jouer en NBA, intégré aux Washington Wizards.

Europe

  • 🇧🇪 Transports – La SNCB entame une grève d’une semaine : seulement 7 trains IC sur 10 prévus mardi, perturbations jusqu’au 30 mars.
  • 🇩🇪 Bundestag – Julia Klöckner (CDU) élue présidente du Bundestag avec seulement 62 % des voix, soit le plus faible score jamais enregistré pour cette fonction.
  • 🇪🇸 Justice – Salomé Pradas, ancienne ministre régionale inculpée après les inondations meurtrieres à Valence (225 morts), dénonce un « acharnement judiciaire » en se qualifiant de « bouc émissaire ».
  • 🇫🇷 Société – Nouvelle agression antisémite en France : le rabbin d’Orléans attaqué en pleine rue, sous les yeux de son fils.
  • 🇫🇷 Municipales – Anne Hidalgo accuse François Bayrou et Rachida Dati d’avoir scellé un accord politique à Paris, en lien avec la réforme du mode de scrutin.
  • 🇫🇷 Finances publiques – Le déficit de la Sécu est atténué par des recettes dynamiques sur les revenus d’activité et les impôts, selon les comptes arrêtés mi-mars.
  • 🇫🇷 Finances publiques – Bercy gèle 9,1Md€ de crédits pour tenter de ramener le déficit public à 5,4 % du PIB en 2025, malgré une croissance en berne.
  • 🇫🇷 Finances publiques – Malgré un déficit budgétaire attendu, le gouvernement garantit jusqu’à 500M€ en cas d’annulation des JO 2030 dans les Alpes.

Amériques & Asie

  • 🇺🇸 Marchés – Wall Street recule fortement, le S&P 500 perd 1,1 % et le Nasdaq 1,7 %, pénalisés par la chute des techs et l’inquiétude liée aux politiques économiques de Trump.
  • 🇺🇸 Marchés – Tesla dévisse encore de 5,3 %, désormais en baisse de 50 % depuis décembre, dans un contexte de désengagement massif des investisseurs en actions américaines.
  • 🇺🇸 Technologie – L’expansion mondiale de Starlink est freinée par la proximité d’Elon Musk avec Donald Trump, qui inquiète plusieurs gouvernements.
  • 🇮🇳 Défense – L’Inde approuve 6,25Md$ d’achats militaires, dopant les actions de Hindustan Aeronautics et Bharat Dynamics.
  • 🇭🇰 Marchés – Le Hang Seng chute de 2,2 %, tiré vers le bas par les valeurs santé et consommation, dans un climat d’incertitude économique américaine.
  • 🇦🇺 Consommation – En Australie, les marges des supermarchés explosent : les prix alimentaires ont bondi de 24 % en cinq ans selon le régulateur, qui propose 20 réformes.

Transmettre en minimisant l’impact fiscal

En matière de transmission, la France excelle dans l’art d’inviter les familles à l’anticipation… puis de les taxer pour leur prévoyance. Entre les abattements limités et les taux progressifs qui culminent à 45 %, beaucoup finissent par remettre à plus tard une donation qu’ils auraient préféré faire de leur vivant. Pourtant, une option peu connue permet d’alléger cette contrainte sans entrer dans des montages exotiques : il suffit de remplir un formulaire.

Concrètement, il s’agit d’une mécanique simple, prévue par l’article 635 A du CGI. Lorsqu’un parent ou un grand-parent effectue un don manuel (chèque, virement, remise d’espèces), il est possible de reporter le paiement des droits de donation… au décès du donateur. Aucun notaire n’est nécessaire, aucun droit n’est exigible immédiatement. Il suffit que le bénéficiaire remplisse le formulaire CERFA 2734, et le dépose au centre des impôts dans le mois qui suit. C’est tout.

L’intérêt n’est pas seulement fiscal, il est aussi économique. En différant le paiement, le bénéficiaire peut placer ou valoriser le capital transmis pendant des années. Et surtout, les droits seront calculés sur la valeur au jour de la donation, pas au jour du décès. Autrement dit, même si l’argent a triplé entre-temps, l’impôt reste inchangé. Mieux : si le délai de 15 ans passe, les abattements se renouvellent et permettent de remettre les compteurs à zéro. Il est donc possible que le bénéficiaire ne paie jamais un centime de droits.

Ce dispositif illustre parfaitement la logique française : rien n’est simple, mais tout est possible, à condition de connaître la bonne case à cocher. Le CERFA 2734 n’ouvre pas les portes du paradis fiscal, mais il redonne un peu de souplesse à une mécanique d’ordinaire très rigide. On peut voir cela comme un aveu implicite : le système sait qu’il est trop lourd, alors il crée des échappatoires pour les plus attentifs.

En Suisse, la transmission patrimoniale ne repose pas sur une acrobatie réglementaire, mais sur un cadre généralement plus lisible : la plupart des cantons ne taxent pas les donations ou successions en ligne directe, tout simplement. Pas de calculs complexes, pas de formulaires oubliés, pas de délai de 15 ans à surveiller. On peut préférer le sport fiscal à la française. Mais certains, à raison, choisissent la clarté helvétique.

  1. 🔹 CHF 8 392 milliards d’actifs sous gestion par l’ensemble des banques suisses (fin 2022, dernière donnée officielle complète)
    🔹 Dont CHF 3 794 milliards en gestion transfrontalière, ce qui fait de la Suisse le premier centre mondial dans ce domaine. []

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous pour recevoir les prochains.