⏱️Contre-la-montre
Dans un monde d’instantané, certains enseignent encore le luxe de ralentir.
Il existe une forme de luxe que ni Rolex, ni Patek, ni même Chopard ne peuvent offrir. Ce luxe, c’est le temps. Pas celui que l’on mesure, mais celui qu’on prend. Pour apprendre. Pour transmettre. Pour limer à la main un tournevis minuscule pendant trois mois, avant d’avoir le droit de s’approcher d’un mouvement mécanique.
C’est ce qu’on appelle l’École d’Horlogerie de Genève. Deux siècles d’existence, 80 francs suisses de frais d’inscription, et un taux de sélectivité qui ferait rougir Sciences Po. Chaque année, 200 ados se battent pour 48 places. Et pas pour faire des stages TikTok chez des influenceurs de luxe, non. Pour apprendre à devenir horloger. Un métier qui demande calme, concentration, et une capacité surnaturelle à rester assis quatre heures d’affilée sans cligner des yeux.
À l’heure où de nombreuses écoles rivalisent pour remplir leurs salles de cours avec des promesses de salaires élevés dans la tech ou des reconversions express en UX designer, l’EHG, elle, reste fidèle à un savoir-faire vieux de deux siècles. Elle enseigne un métier lent, complexe, infiniment précis. Et ce n’est pas un hasard si cette école s’est modernisée récemment avec un bâtiment flambant neuf, cofinancé par la Fondation Hans Wilsdorf (Rolex), avec des mouvements fournis par Chopard, qui a même lancé une série limitée de montres lunaires commémoratives – ces montres qui ne nécessiteront pas de réglage avant l’an 2146. Voilà un luxe qui ne s’emballe pas.
Et pendant que l’École d’Horlogerie fête ses 200 ans, à Genève, le monde de l’horlogerie se réunit au Watches & Wonders 2025. Rolex dévoile cette année des nouveautés qui continuent de repousser les limites de l’innovation technique et esthétique, tout en respectant cette obsession du détail propre à l’horlogerie suisse. Mais au-delà des modèles éblouissants comme la Land-Dweller ou la GMT-Master II, c’est cette même obsession du temps, lent et maîtrisé, qui se trouve au cœur de cette industrie.
Dans un pays où l’on considère encore qu’un artisan formé vaut mieux qu’un PowerPoint bien animé, la Suisse a bien compris que l’industrie ne se relance pas avec des slogans, mais en préservant des traditions. Elle l’organise, elle l’enseigne, et elle la fait durer. Lentement. Mais avec une précision qui n’a rien à envier à une montre de luxe.
Bonne semaine !
M. Hantale
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