🧊 Zéro, tranquillement

Le monde entier remonte ses taux pour éteindre l'incendie pétrolier. La Suisse regarde le thermomètre et ne bouge pas.

Par La rédaction · Publié le

🧊 Zéro, tranquillement

Depuis l'entrée en guerre d'Israël et des États-Unis contre l'Iran le 28 février, le Brent tourne autour des $100 et les banques centrales, les unes après les autres, ont ressorti la trousse à outils. La Fed a relevé son taux le 16 septembre, entre 3,75% et 4%, première hausse depuis juillet 2023. La BCE a fait de même le 10 septembre, taux de dépôt à 2,5%, deuxième tour de vis de l'année. Et la Banque nationale suisse (BNS), jeudi, a laissé son taux directeur à 0%, où il dort depuis juin 2025, cinquième examen trimestriel de suite sans rien toucher. Les marchés pariaient à 94% sur ce scénario : même les traders s'ennuient. À Zurich, l'ennui est un indicateur avancé.

Le même pétrole entre pourtant dans les mêmes moteurs. En août, la hausse des prix atteignait 3,3% dans la zone euro, 3,4% aux États-Unis et 0,8% en Suisse. Le chiffre suisse a doublé en un mois, mais il reste ce que Francfort appellerait une déflation rampante et Washington un miracle. L'explication tient dans la monnaie : un franc refuge rend le pétrole importé moins cher, et une économie qui vend des médicaments, des machines et des montres au reste du monde supporte mieux qu'une autre une monnaie chère. La BNS n'a d'ailleurs aucune cible à la virgule près, juste une plage de 0% à 2% dans laquelle elle se contente d'exister. Une banque centrale conçue pour ne jamais avoir à être héroïque.

L'homme providentiel, lui, s'appelle Kevin Warsh. Nommé par Donald Trump, installé en mai à la tête d'une Fed que la Maison-Blanche pressait depuis des mois de baisser les taux avant les élections de mi-mandat, il vient de les monter. L'inflation ne lit pas les décrets. À Francfort, Christine Lagarde doit contenter une vingtaine d'économies. Le président de la BNS s'appelle Martin Schlegel, et la plupart des lecteurs de cette newsletter découvrent son nom à l'instant. Aucun post présidentiel ne le vise. Ce silence tient à une architecture voulue : un directoire de trois membres, nommés pour six ans par le Conseil fédéral, le gouvernement suisse, qui décident seuls des taux ; une banque cotée à la Bourse suisse, détenue en majorité par les cantons et leurs banques cantonales, dont les actionnaires n'ont presque aucun pouvoir.

Le franc s'est affaibli depuis l'été, et la BNS l'a écrit noir sur blanc : les prévisions d'inflation passent à 0,7% pour 2026 puis 0,8% pour 2027 et 2028, et certains économistes zurichois jugent déjà une hausse en décembre ou en mars plus probable qu'avant l'été. Un taux zéro, c'est aussi une épargne qui ne rapporte rien et de l'immobilier qui gonfle. Mais la croissance attendue pour 2026 vient d'être relevée de 1% à 1,5-2%, dopée par la pharma. Attendre, observer, ne pas bouger parce que les voisins bougent : chez les Suisses, ne rien faire se décide aussi.

Paru dans le numéro du 5 octobre 2026

La newsletter De la Suisse dans les idées.

Gratuit · zéro spam · désinscription en un clic