⚽ Helvète Underground
Depuis 1998, la Fifa a toujours élu un Suisse à sa tête, sans jamais retenir la leçon la plus suisse : personne n'est indispensable.
Ramon Vega, ancien international suisse reconverti dans la finance à Londres, affrontera Gianni Infantino en mars à Rabat pour la présidence de la Fifa, à condition de franchir l'obstacle qui l'a déjà arrêté 3 fois : réunir 5 parrainages de fédérations avant le 18 novembre. Le duel sera donc suisse, comme toutes les présidences de la Fifa depuis 28 ans. Sepp Blatter est né à Viège, en Valais, Infantino à Brigue, 10 km plus loin. Vega, qui brigue (!) le fauteuil, vient d'Olten, de l'autre côté des Alpes bernoises. Le pays qui fournit à la Fifa tous ses patrons est pourtant celui qui se méfie le plus des patrons.
Cet été, la Fifa a proposé de loger la Coupe du monde dans une filiale valorisée 20G$, puis d'en céder 20% à des investisseurs privés, pour un produit pouvant atteindre 4,2G$. L'argent devait revenir aux 211 fédérations membres : un chèque unique de 20M$ chacune, versé début 2027, quelques semaines avant qu'elles élisent leur président. Les confédérations d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Nord, que personne n'avait consultées, ont enterré le projet, et la Fifa a dû leur présenter des excuses écrites. Un peu plus tôt, Donald Trump avait appelé Infantino pour contester le carton rouge de l'Américain Folarin Balogun. La commission de discipline avait aussitôt suspendu la suspension. Les États-Unis ont quand même perdu 4-1 contre la Belgique. Même les statuts plient : en poste depuis 2016, Infantino brigue un 4e mandat qui ne comptera que comme le 3e, le premier, hérité de Blatter, ayant été déclaré incomplet.
Face à lui, Vega est tout seul pour l'instant, les 3 confédérations frondeuses n'ayant désigné personne. Son manifeste de 11 pages promet une réforme profonde, mais glisse une phrase d'homme providentiel : « Ma vie m'a préparé à servir le football. » Infantino aurait pu la signer en 2016. Remplacer un juriste de Brigue par un financier de la City ne changera rien tant qu'un président pourra lancer un projet à 4G$ sans consulter les confédérations, puis en promettre le produit à ceux qui l'élisent.
Fin septembre, la fédération suisse de football a lâché Infantino en invoquant l'affaire Balogun. Mais la vraie protection du pays est bien plus ancienne : personne n'y devient indispensable. Le Conseil fédéral, le gouvernement suisse, réunit 7 ministres qui décident ensemble, et la présidence de la Confédération, largement protocolaire, change de titulaire chaque année. En janvier, Guy Parmelin, vigneron vaudois, la cédera à Ignazio Cassis sans campagne ni crise. Personne n'appelle Parmelin pour faire annuler un carton rouge. La Suisse a réglé le problème de la Fifa dès 1848, dans sa Constitution fédérale, en confiant son pouvoir à 7 personnes plutôt qu'à une. La Fifa l'a visiblement oublié.
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