🍷 Éloge du remplaçable

Pour remplacer Guy Parmelin, la Suisse remet en route une mécanique conçue pour écarter les sauveurs, et elle mérite qu'on la regarde de près.

Par La rédaction · Publié le

🍷 Éloge du remplaçable

Pour entrer au gouvernement suisse, il ne sert à rien de séduire les foules : elles ne votent pas. Les sept membres du Conseil fédéral sont élus par le Parlement, sur un ticket que le parti concerné compose lui-même, et ce sont les élus de tous bords qui tranchent entre les noms proposés. En décembre 2015, la gauche a pesé de tout son poids pour barrer la route à Thomas Aeschi, élu du canton de Zoug jugé trop proche de la ligne dure, et faire passer un vigneron vaudois que peu de monde attendait à ce niveau. Onze ans plus tard, Guy Parmelin quitte le gouvernement le 31 décembre, avec deux présidences tournantes d'un an au compteur et une pension de 239K CHF bruts par an.

En août 2025, Washington frappe les exportations suisses de 39% de droits de douane, bien plus que l'Union européenne ou le Japon. Montres et machines-outils en tête, l'industrie encaisse le choc. Parmelin fait trois fois le voyage de Washington, sans effets de manche, et revient en novembre avec 15%, le tarif appliqué aux Européens, contre la promesse de $200G d'investissements suisses aux États-Unis. Le tout repose sur une simple déclaration d'intention que Berne cherche encore à graver dans le marbre. Dès 2024, il avait porté l'accord de libre-échange avec l'Inde, négocié au sein de l'AELE, le petit club commercial dont la Suisse fait partie. Rien pour la couverture des magazines, tout pour les carnets de commandes.

Pendant ses onze ans à Berne, Matignon a vu défiler neuf Premiers ministres, dont un démissionnaire au lendemain de la présentation de son équipe, puis renommé quatre jours plus tard. La Suisse fabrique l'inverse. Les grands partis gouvernent ensemble, la présidence change de titulaire chaque 1er janvier sans que personne ne s'en émeuve, et quand les élus s'enlisent, les citoyens tranchent par votation populaire. Dans ce décor, l'homme providentiel ne trouve pas de porte d'entrée.

Les candidats de l'UDC, la droite conservatrice et premier parti du pays, ont jusqu'au 23 octobre pour se déclarer, le Parlement votera le 9 décembre. La Genevoise Céline Amaudruz s'est lancée la première, ce qui pourrait offrir au parti sa première candidate officielle au gouvernement. Reste l'équation linguistique : la Constitution exige que les régions soient équitablement représentées, la Suisse francophone compte sur deux sièges sur sept, et elle ne pèse qu'un cinquième du groupe UDC. Aucune de ces contraintes ne garantit le meilleur candidat. Toutes ensemble empêchent qu'un seul nom devienne indispensable, une assurance que bien des capitales envieraient face à un président américain imprévisible.

Paru dans le numéro du 19 octobre 2026

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